17/03/2017

Une belle année

Pendant ma vice-présidence, puis ma présidence du Grand Conseil, je me suis abstenu de toute intervention sur mon blog hébergé par la TG.

Libéré de mes fonctions depuis le 16 mars, je vais me permettre à nouveau d'intervenir avec la même régularité qu'avant. Mon premier texte sera celui de mon discours de fin de présidence.


Mesdames et Messieurs les députés,

Monsieur le Président du Conseil d’Etat,

Madame et Messieurs les Conseillers d’Etat,

Mesdames, Messieurs,

 

Servir et disparaître.

 

Servir, je pense l'avoir fait durant ces 13 mois de présidence du Grand Conseil de la République et canton. Disparaître, le mot n’est pas tout à fait exact : en fait, je rentre dans le rang et je rejoins avec plaisir mes collègues et mon groupe. 

Mesdames et Messieurs les députés, chers collègues, ces 13 mois de présidence ont été pour moi une lourde charge, passablement chronophage – beaucoup plus que je ne l'avais pensé – mais une période merveilleuse que j'ai savourée avec plaisir et – disons-le – avec gourmandise, jusqu'à ce soir. 

Le bilan que je vais vous présenter ne sera pas une avalanche de statistiques relevant le nombre de représentations, de prises de parole, de participations à des assemblées, à des inaugurations ou toutes autres manifestations auxquelles le président du Grand Conseil est invité.

Je souhaite simplement ce soir, avec vous, partager les sentiments que j'ai ressentis durant cette période.

La fonction de président du Grand Conseil est triple :

  • préparer les sessions et gérer administrativement les différents problèmes qui peuvent se poser sur le plan juridique ou relationnel au niveau des groupes ou des députés ;
  • gérer les sessions – et ça n'est pas la partie la plus simple, comme vous le savez – ;
  • et enfin représenter le Grand Conseil à diverses occasions qui sont soit incontournables, soit habituelles, soit improvisées.

Dans la première activité, la préparation des sessions, je tiens à relever de façon extrêmement reconnaissante la qualité du travail rendu par l'ensemble des collaborateurs et collaboratrices du secrétariat général. Le président de notre Parlement peut se vanter de pouvoir compter sur un personnel compétent, pointilleux, respectueux de l'institution et soucieux de préserver le président de notre assemblée.

Dans ce cadre, un regret : ne pas avoir réussi à pacifier les relations internes d’un groupe parlementaire. Certes, d'aucuns diront que cette activité ne rentre pas dans les prérogatives du président, mais j'ai eu à cœur de tenter quelque médiation afin de ramener le calme, avec obstination, passant d’une séance à l’autre comme un chimpanzé d’arbre en liane, et au risque de me casser la margoulette, comme l'aurait écrit, de façon plus poétique, Gustave Flaubert. 

Quelques satisfactions à relever toutefois :

  • le raccourcissement définitif des séances du vendredi, dans la droite ligne de ce que souhaitait mon prédécesseur,
  • le renvoi des motions directement en commission, ce qui produit des effets à chaque session, avec un ordre du jour qui tend à se réduire,
  • la reprise de la diffusion de nos débats sur Léman Bleu par décision de la chaîne. Il reviendra au futur Bureau de déterminer le soutien à apporter à cette publicité accrue de nos débats, dans un but de promotion du civisme,
  • et enfin, vous découvrirez prochainement quelques propositions de modification de notre LRGC, notamment pour le débat budgétaire.

 Dans ma deuxième sphère d'activité, la gestion des sessions proprement dites, je pense pouvoir relever que nos sessions se sont déroulées avec un peu plus de calme, ce dont, évidemment, je vous suis reconnaissant. Dans mon discours d'investiture, j'avais souhaité un peu plus de rigueur, de discipline, de respect. Les choses se sont améliorées, certes, mais je peux déplorer encore certaines prises de position violentes, parfois insultantes, qui n'amènent rien au débat et font la part belle aux attaques personnelles plutôt qu'à la recherche du bien commun et du compromis.

 Trop souvent, la gouaille du Genevois dont je relevais la pertinence dans mon discours d'investiture, fait place à l'agressivité et à l'insulte gratuite, qui, contrairement à ce que certains pourraient penser, n'augmente pas le taux d’audience, mais donne une image par trop négative de nos débats.

 Mesdames et Messieurs les députés, très chers collègues, je vous soumets quelques pistes pour améliorer la qualité de notre travail « au service de la patrie qui nous a confié ses destinées. »

 La qualité des textes qui nous sont soumis. Je déplore que, trop souvent, ces textes de motions, de projets de loi, de postulats se réfèrent à une actualité immédiate et perdent totalement de leur pertinence après deux ou trois mois.

 A chaque texte que nous proposons, nous devons nous poser deux questions : dans quelle mesure mon texte contribue-t-il au bien commun ? Quelle est la vision d’avenir que je compte proposer ?

 Les textes de loi que nous avons à traiter devraient être des pédoncules, si vous me pardonnez cette comparaison botanique, portant en eux la promesse d'une belle floraison au service de la communauté, grâce aux règlements et aux dispositions d'application pris ensuite par le Conseil d'État. Or, trop souvent, les textes de loi qui devraient se vouloir des normes générales et abstraites, explosent en une turgescence assez incompréhensible qui nécessiterait d’être équeutée, et deviennent quasiment des règlements d'application.  

Reste à cet égard un regret : Le Grand Conseil doit fixer des lignes stratégiques. L'opérationnel appartient au Conseil d'État. Cette règle simplement constitutionnelle et institutionnelle n'est malheureusement pas souvent respectée.

C'est l'occasion pour moi, dans ce contexte, de remercier les membres du Conseil d'État avec qui j'ai eu d'excellents contacts, sans exception, pour leur collaboration et le respect qu'ils ont toujours porté à l'institution que j'ai représentée durant ces quelques mois. Je rappelle à cet égard que les Conseillers d’Etat sont nos invités, et qu’à ce titre nous leur devons le respect dû à des invités. La réciproque est également attendue.

 Venons-en maintenant, si vous me le permettez, chers et chères collègues, à la troisième partie de cette très belle fonction : la représentation de notre parlement cantonal sur le terrain. J'ai voulu privilégier cette année les contacts avec les milieux associatifs, culturels, sociaux, sanitaires, sécuritaires et sportifs. Je pense avoir assez bien réussi, au même titre que j'ai, comme mes prédécesseurs, favorisé les contacts entre la Genève internationale et notre société locale.

J'ai eu le bonheur de faire des rencontres exceptionnelles, enrichissantes, aux multiples facettes, et avec des gens absolument superbes, conscients de leurs responsabilités, dévoués, entreprenants et soucieux du bien commun.

 Avoir été associé par le Conseil d’Etat aux rencontres avec des chefs d'État, de gouvernements, d'où qu'ils soient, et avoir reçu des collègues ou des parlementaires d’autres régions ou pays, constituent bien évidemment à chaque occasion une émotion forte et un honneur pour notre cité.  

J'ai eu en outre le bonheur de travailler avec des jeunes, en particulier par le biais du Parlement des jeunes genevois, de l'association suisse des parlements de jeunes, et de leur représentation internationale. J'ai découvert des jeunes qui seront probablement sur nos sièges d'ici quelques années, sérieux, enthousiastes, critiques, constructifs et, surtout, soucieux de ce que nous devons aussi garder à l'esprit : le bien commun.

Pour les avoir vus travailler, dans un silence quasi religieux, et dans un esprit tellement constructif, je me demande si nous ne devrions pas, modestement, prendre exemple sur eux et descendre un peu de notre piédestal ou de ce que nous considérons comme tel.

Enfin, je souhaitais partager avec vous le dernier élément de cette très belle expérience : la modestie. On pourrait penser en effet que le fait de revêtir les habits de premier citoyen de ce canton pourrait avoir pour effet de prendre la grosse tête. Eh bien non, mes chers collègues, je peux vous le dire, la présidence de notre Parlement est une belle leçon de modestie. Une anecdote : lors des promotions de l'été passé, au moment où les autorités prennent place dans le Parc des Bastions afin de voir défiler les élèves des classes de la ville, une petite fille s'est arrêtée devant moi et m'a demandé si j'étais vraiment le président du canton. Je lui ai répondu que oui et nous avons discuté un moment. Peu après, son regard s'est porté sur mon huissier… là, elle m'a regardé droit dans les yeux, en me disant : tu es peut-être président, mais lui, c'est le prince.

Belle réponse, Mesdames et Messieurs les députés, qui me permet de rappeler – et vous savez que je tiens à ce texte – l'exhortation qui nous est lue à chaque ouverture de séance lors de chaque session.

Elle nous rappelle notre fonction éphémère, plus ou moins longue, selon les durées de vie des députés et les aléas et résultats des élections.

Quelques mots encore de notre rôle : dans ce parlement, on entend souvent à gauche et parfois à l’extrême droite la notion de solidarité et de redistribution. A droite, c’est la responsabilité individuelle qui est invoquée.

La responsabilité individuelle sans solidarité produit des exclus et la solidarité sans responsabilité produit des assistés.

Notre parlement, dans la droite ligne de l’esprit de Genève, peut réaliser une synthèse du meilleur de la droite et de la gauche. Emmanuel Levinas nommait cette double exigence « la responsabilité pour autrui ». La responsabilité n’est pas seulement pour soi, écrivait-il, elle est initialement pour un autre.

Mesdames et Messieurs les députés, je tiens à vous réitérer ce soir tout d'abord mes remerciements pour m'avoir porté à la présidence de ce Grand Conseil, je vous en serai toujours reconnaissant parce que c’est une expérience inoubliable, et ensuite pour la qualité générale de vos travaux.

Remerciements ensuite à notre Sautier et à son adjointe, qui ont pris leurs marques de façon élégante et efficace avec l'aide notamment de l'ensemble des collaboratrices et collaborateurs du secrétariat général, à qui je souhaite réitérer ici mon attachement, mon admiration, mon amitié et ma reconnaissance.

Remerciements également aux membres de la fonction publique, secrétaires généraux, secrétaires adjoints, conseillers, attachés, directeurs, toutes fonctions confondues, qui sont auditionnés régulièrement et participent activement aux travaux de nos commissions. Je tiens à saluer ici la qualité des services rendus par ces serviteurs de l'État que je remercie.

Remerciements encore à mes collègues du Bureau, dont l’élection étrange a quelque peu bouleversé les traditions de notre parlement, mais sur qui j’ai pu compter et qui m’ont gratifié de leur appui, permettant ainsi des débats sereins et constructifs. 

Remerciements enfin et surtout à ma famille, à mes proches, à mes amis, pour leur soutien et leur appui constants, non exempts de critiques d’ailleurs, qui m’ont accompagné durant cette période avec beaucoup de compréhension et d’empathie.

Merci à toutes et tous pour cette magnifique opportunité.

 Et que vive notre République et canton.

15:40 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

C`est un tres beau discours qui reflete bien l`esprit de Geneve: humanité, intelligence et humilité. Puisse Geneve rester le reflet de ces valeurs éternelles.

Écrit par : jean jarogh | 18/03/2017

Monsieur Guinchard, vous m'avez fait du bien.
Vous me rappelez mon père, Hermann Jenni, qui ne sortait jamais de la maison sans mettre son costume et sa cravate. L'humour discret en plus.
Grâce à vous, je résiste à rejeter en bloc l'action politique au sens large et je relativise la médiocrité de notre parlement et surtout de ses commissions qui sont des cours de récréation pour adultes en manque de reconnaissance.
Je suis particulièrement séduit par votre faculté à perpétuer l'héritage institutionnel de manière très digne alors que nous avons affaire à des bourrins.
Merci pour ce rôle que vraisemblablement peu ont incarné avec autant de brio.

Écrit par : PIerre Jenni | 18/03/2017

Les commentaires sont fermés.