04/10/2012

Constitution: Descaillet se déchaîne

Dans le GHI de cette semaine, Pascal Descaillet tire à boulets rouges sur le texte de la Constitution 2012. Certes, sa plume est toujours belle, mais le raisonnement est étrange. A quoi cela rime-t-il de railler les Constituants, traités soit de jeunes éphèbes aux joues duveteuses, ou de vieux sages sortis de leurs entreprises? C'est de la moquerie inutile et peut-être blessante, qui privilégie la forme plutôt que le fond et qui néglige le fait que ces gens sont des élus.

Quant au fond, reconnaissons tout d'abord qu'au moins  Pascal Descaillet a lu la constitution. Bon point par rapport à toutes les personnes qui véhiculent des contre vérités sans connaître le texte.

Il déplore que la Constitution manque de souffle révolutionnaire et que personne n'en parle dans la rue. Certes, il a raison sur ce point. Mais c'est oublier que la Constitution de James Fazy, qu'il cite bien entendu, est issue d'une révolution et qu'elle est l'oeuvre d'un seul homme. C'est nettement plus facile d'être révolutionnaire tout seul qu'à huitante issus de partis et de groupes divers, et obligés de trouver un dénominateur commun au-delà des clivages politiques. Pour le surplus, je doute que de 1847 à nos jours, les genevois aient parlé très souvent de leur constitution dans les transports publics ou la rue.

C'est là la difficulté: une constitution est un texte général et abstrait. Mais il pose les jalons nécessaires au législateur afin d'adopter des lois.

Et ce texte, soumis en votation le 14 octobre, obligera le Grand Conseil à adopter et à modifier des lois qui permettront des progrès. Protection de l'environnement, politique en faveur de la famille, des jeunes, des aînés, accès universel aux soins, construction de logements, protection des handicapés, réformes institutionnelles, écologie industrielle...pour n'en citer que quelques uns.

Il est facile de gloser sur des travaux traités de soporifiques, qui se sont déroulés dans un climat agité au début, puis constructif, mais sans insultes ni verres d'eau et dont le résultat concret est bien là. Pascal Descaillet joue le grand censeur, le sage dans l'éther, le faiseur de rois qui juge et casse. Il est parfois bon de se faire la mouche du coche, certes, mais cela ne justifie pas la dérision et la moquerie faciles.

16:42 Publié dans Constitution 2012 | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook

Commentaires

A vous lire, il semble que le simple fait d'être élu suffit à disposer d'une légitimité incontestable dont il serait regrettable de se moquer. Or, est-ce réellement le cas ? Etre choisi par une minorité de la population, celle qui vote, suffit-il à rendre un constituant hermétique à toute critique fusse-t-elle moqueuse ou pamphlétaire ? Invoquer son statut d'élu pour se protéger de la moquerie, n'est-ce pas là un procédé d'un autre temps ?

Comme vous le dites, la Constitution est un texte général et abstrait sur lequel se base le législateur pour adopter des lois. Ce que vous oubliez de dire (est-ce volontaire ?), c'est que les discours (et les textes de droit n'y échappent pas) se fondent sur des principes idéologiques. Et c'est sur ces mêmes principes idéologiques que les futures législations seront établies. Or, vous conviendrez que pour certain-e-s d'entre nous, une constitution où le libéralisme prime sur l'appareil étatique, relégué au rôle symbolique de "complément" (art. 9), peut s'avérer problématique et donc contestable. En plus d'être inédit (existe-t-il seulement une constitution dans le monde où le rôle de l'Etat est conditionnée par le respect de l'idéologie libéral ?), cette situation nous renvois à une curieuse conception de la notion de progrès. Jamais l'Etat de Genève n'aura été aussi proche de l'Etat idéel imaginé par Walter Lippmann... dans les années 1920.

Écrit par : Les salons genevois | 04/10/2012

C'est toujours comme ça avec les stars finissantes, il n'y a pas de raison pour que cela change. Parti de très haut sur le plan national voilà le pauvre Décaillet réduit à un gratuit localissime. Cela s'appelle tomber de Carribe en sylla.

Ses invitations à répétitions de Mouhanna et Grobet sont aussi pathétiques que sa régression est patente.

Son article n'échappe pas à cette règle, c'est à se demander si sa fréquentation rapprochée de Stauffer n'ont pas fini par altérer sa capacité de discernement.
C'est très triste car j'aimais beaucoup son sens de l'analyse mais là force est de constater qu'il s'est écarté des cahiers de notes!

Écrit par : Ric Hochet | 04/10/2012

Votre commentaire m'a plu. En effet, pour lui, plus l'on est tranquille, plus l'on est sur la voie de la concordance, moins l'on existe. Vous avez raison pour les 2 extrêmes-gauchistes genevois -j'en frémis- mais il n'y a pas si longtemps, au moins tous les 2 soirs, des représentants du MCG -j'en frémis également- étaient invités soit au journal, soit dans les cordes soit à chaud. Bref...

Écrit par : Observateur tranquille | 04/10/2012

Chaque citoyen-ne a le droit de se faire une opinion et de juger si le projet de la nouvelle constitution est valable ou non. Lorsqu'on voit un constituant faire la moue en appelant à voter oui laissant supposer que le projet ne tient pas la route, là on peut se poser la réelle question. Décaillet lève le lièvre et laisse à l'appréciation du lecteur ou de l'auditeur de décider de son vote, c'est précisément le rôle d'un bon journaliste de ne pas tromper les indécis, mais de les éclairer.

Écrit par : Chantal Perret-Gentil | 04/10/2012

pas lu le GHI. mais ce texte, oui.
impression générale de vieux suisse natif gvois: avoir à voter sur un texte qui a tout du règlement, rien de constitutionnel, sans esprit de fond, à par tracer l'avenir d'un canton se détachant de la CH, toutes portes ouvertes sur ses régions voisines, toutes bases européennes inclues.

je précise? les citoyens suisses n'y ont juste plus aucune garantie de la République de Genève dans ce texte: ni au niveau des droits fondamentaux

- du préambule, affirmant la tendance "union européenne" sur fond de rousseauisme (contrat social)

- à la souveraineté résidant dans le peuple et non dans la CH (art. 2), sans définir qui constitue ce peuple, tout en donnant l'égalité "à tous" sans précision sur la citoyenneté -pourtant droit fondamental! (art. 15)

- en passant par l'action de l'Etat intervenant "en complément de l'initiative privée", soit un Etat sans autonomie d’action, mais une constitution offrant les justificatifs de futures interventions d’actions « privées » 74 et 01 dans l'action de l'Etat

Ce texte ne fait que signer un chèque en blanc aux 74 et 01 du "grand Genève",
qui n'attendent que ça pour se créer une base juridique-emprise sur cette annexe suisse (à venir: leur projet 3 du grand Genève, élément juridique qui n'en doutez pas, sera lui, bien constitutionnellement établit!)

- ne situe la Confédération et le droit fédéral en la matière, qu'au niveau de coordination ! (art. 146)

ce texte est pléthorique en matière de soutiens divers:
les droits au logement, à un niveau de vie suffisant & cie sont de grandes portes ouvertes à tout-venant habitant même clandé du canton,

- sans précision sur qui est citoyen ni base de sa souveraineté (laissons Rousseau à son 18e siècle)
- sans vision politique énergétique, habitat, emploi, hormis laisser la bride aux actions privées, dans un contexte de décroissance future proche.

C'est 1 copie à 15 mios à ne pas signer - à moins de vouloir ça:

C'est plus que 15 mios/an à faire payer aux contribuables, en soutiens aux politiques, aux élus comme l'ex commercial d'une multi gvoise Antoine Vieillard, en financements sans fin de projets divers & autres agences de développement dus aux "régions voisines", que ce texte inclut, prépare, prévoit.

Écrit par : Pierre à feu | 04/10/2012

@Ric Hochet - il s'agit de "tomber de Charybde en Scylla " et non pas de Carribe en sylla.

Écrit par : djemâa | 04/10/2012

@djemâa
Merci pour la correction de cette erreur qui aura au moins eu pour avantage de vous faire lire le commentaire, l'essentiel étant dans le contenu!
J'avoue avoir été, comme Ulysse, tellement préoccupé à l'idée d'être englouti dans les eaux tumultueuses de Scylla que j'ai pêché, comme Ulysse, dans l'orgueil et me suis fait croquer par le terrifiant Charibde impitoyable qu'est l'orthographe. Vous me direz que c'est toujours mieux que le sort que réservèrent les servantes de la fable "La vieille et les deux servantes" de Monsieur de La Fontaine qui a fait revivre le mythe antique de Charibde et Scylla.
Cela dit je ne change rien au fond du commentaire et j'y ajouterais même à l'adresse de Pierre à feu qu'il ne connait pas la réalité comptable de l'Assemblée. Je m'y suis penché par habitude professionnel et j'ai constaté que le total des dépenses est de 12 millions et non 15 et que ce coût, pro capita, est nettement inférieur à celui des députés et des conseillers municipaux de la ville de G'nèève! A cela il convient d'ajouter que son raisonnement est totalement adsurde car si on ne veut pas que cette dépense soit réellement inutile, il ne faut surtout pas jeter le bébé avec l'eau du bain ce qu'il invite à faire. A lire son argumentaire, on a l’impression de descendre en ces cryptes nocturnes où, dans une langue absconse, se célèbrent des rites de mystagogie malheureusement païenne et aussi obscure que ladite crypte.

Je suis donc déterminé à dire OUI à ce projet qui nous sort du XIXe et donne aux gouvernants de demain les outils nécessaires pour assurer à la fois la qualité de vie de nos descendants (Pierre à feu en a-t-il pas?) et assurer la prospérité de notre métropole autant que lui en a profité!

Écrit par : ric hochet | 05/10/2012

ric hochet: oui & ma descendance ne pense qu'à foutre le camp. non, n'ai pas profité, bien au contraire. je me fiche des réalités comptables au sou près.
Bon vote: votre déterminisme honore l'absurde, quel artiste!

Écrit par : Pierre à feu | 05/10/2012

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