05/07/2012

25 siècles d'éthique à la poubelle...

Le secret médical, ou plutôt le scret du patient, respecté universellement depuis le serment d'Hippocrate, 4 siècles avant JC, vient de subir un coup fatal. Selon la dernière ordonnance adoptée par le Département fédéral de l'Intérieur, le DFI, les factures détaillées des hôpitaux, mentionnant les diagnostics précis, devront être fournis aux assureurs.

Cette solution semble bien arranger les hôpitaux regroupés au sein de H+ puisque ce fastidieux et coûteux travail de cryptage des données sensibles leur sera épargné. Elle arrange aussi les assureurs qui, désormais, auront la haute main sur ces précieux renseignements fort utiles pour leur chasse aux bons risques. Petit bémol: ces données sont en fait transmises à des centrales de récoltes et de tri de données, qui n'ont pas d'ordres à recevoir des assureurs, mais créées et gérées par eux... On hésite à rigoler bien franchement.

De plus, le réposé fédéral à la protection des données, qui n'a aucune ressource humaine supplémentaire pour le faire, pourra contrôler ce système de collecte et de tri.

Les médecins privés,non touchés dans leur pratique par ces mesures, n'ont pas encore réagi.

On croit rêver: cette ordonnance oublie une règle de la LAMal qui donne au patient la possibilité d'exiger de l'assureur que ses données ne soient transmises qu'au médecin conseil de ce dernier. Disposition peu respectée, car l'assuré qui aurait la mauvaise idée de l'invoquer, ou de se référer à la loi sur la protection des données, verrait simplement son assureur retarder le remboursement de ses prestations.

Sous prétexte de simplification administrative, une loi sur l'assurance maladie que l'on soumet déjà à d'obscures règles de concurrence la plus large possible consacre dorénavant l'abandon pur et simple du secret des données médicales et de la protection de la sphère privée, au seul bénéfice des assureurs et grâce à leurs représentants aux Chambres, largement rétribués par les jetons de présence de leurs conseils d'administration.

Le serment d'Hippocrate, veux de 25 siècles, qui constitue depuis ce temps là la référence éthique et déontologique des médecins, consacrait le maintien absolu du secret du patient. C'en est donc fini. Et ce sont les patients que nous sommes pourtant tous qui en pâtiront le plus.

15:33 Publié dans Assurance maladie | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Tout ce qui est écrit est exact,tout fiche le camp dans ce pays.Coincidence ou pas à chaque décès d'un haut personnage ,je prends le dernier en date Monsieur Nanschen et de suite on nous annonce un changement important.Comme si ces départs signifiaient une fin des temps dans un domaine ou l'autre.
Nous sommes tous poussière d'étoile on veut bien mais c'est pas une raison pour réduire à néant tout ce qui a fait la fierté de ce pays et par là nous mêmes

Écrit par : lovsmeralda | 05/07/2012

C'est regrettable, mais en aucun cas étonnant dans un pays où depuis longtemps les Hommes d'Etat, de par leur multiples appartenances, défendent les intérêts des marchés avant ceux des citoyens.

Il s'agit là d'un phénomène de plus qui viendra s'ajuster à la longue liste de facteurs qui ont fait exploser les inégalités en Suisse depuis 30 ans.

Écrit par : Robert G. | 05/07/2012

Les commentaires sont fermés.