26/02/2012

Fête fédérale de lutte: Genève candidate pour 2016

Mieux vaut des jets de sciure " fair play " que des jets d'eau au Grand Conseil...

Le Matin Dimanche 26.2.2012


  • La sciure vole entre les trois candidats à la Fête
Ebullition

Les lutteurs suisses élisent dans une semaine le canton romand qui organisera leur grand raout en 2016. Les enjeux économiques sont énormes pour les trois concurrents, Neuchâtel, Genève et Fribourg. L’armée et Ueli Maurer sont accusés d’avoir un parti pris.

Par Magalie Goumaz . Mis à jour le 25.02.2012
Organisée tous les trois ans, la Fête fédérale de lutte est le plus gros événement sportif de Suisse, avec des enjeux financiers énormes.

Organisée tous les trois ans, la Fête fédérale de lutte est le plus gros événement sportif de Suisse, avec des enjeux financiers énormes.

 

LES TROIS SITES EN CONCURRENCE

1 ESTAVAYER 2016
Site: Aérodrome militaire de Payerne et ville d’Estavayer.
Slogan: Une fête organisée par les lutteurs, pour les lutteurs.
Mascotte: Hans-Peter Pellet, record du nombre de couronnes.
Points forts: Longue tradition de la lutte, site concentré, facilement accessible et équipé.
Points faibles: Site moins attractif et partiellement sur Vaud, qui a accueilli la fête en 2001.

2 GENÈVE 2016
Site: Stade de Genève.
Slogan: Des jeux traditionnels dans un milieu urbain.
Mascotte: Michel Pont, entraîneur adjoint de l’équipe suisse de foot, et Hans Leutenegger, médaille d’or de bob à quatre à Sapporo.
Points forts: Hôtels, transports, site: tout est là, et Genève est habituée aux grands raouts.
Points faibles: Peu d’intérêt pour la lutte dans le canton, capacité du stade limitée, secteur commercial alentour paralysé pendant la fête.

3 NEUCHÂTEL 2016
Site: Planeyse et Areuse, près de Colombier.
Slogan: Jeux et terroir.
Mascotte: Le skieur Didier Cuche.
Points forts: Le site, entre le lac et les vignes, et une occasion pour redynamiser ce sport dans tout l’arc jurassien.
Points faibles: Toute l’infrastructure doit être construite, et le canton a organisé la fête en 1972.

Au début d’un combat, les lutteurs se serrent la main et, à la fin, le vainqueur essuie la sciure collée dans le dos du perdant. C’est une tradition. Ce qui l’est moins, c’est la lutte acharnée que se livrent cette année trois cantons romands, Neuchâtel, Genève et Fribourg, pour organiser la Fête fédérale de 2016. Le verdict tombera dimanche prochain à Aigle après une nuit digne des longs couteaux et une présentation des trois projets. Mais la compétition a commencé il y a bien longtemps, avec un intense lobbying, surtout en Suisse allemande, et une campagne promotionnelle sans précédent. Mais, à une semaine du choix, l’affaire est devenue politique. Ueli Maurer en personne et le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports sont accusés de favoriser Fribourg.

250 000 personnes attendues

C’est qu’on n’est pas en train de parler d’une gentille kermesse. Une Fête fédérale de lutte, c’est 250 000 personnes sur deux jours et demi, 600 journalistes, 207 000 litres de bière, 80 000 saucisses, une vingtaine d’heures de direct sur SF suivies par 500 000 téléspectateurs. Il s’agit du plus grand événement sportif organisé en Suisse avec un budget d’environ 20 millions et des retombées énormes pour la région. L’organisateur n’a en principe pas besoin de chercher les sponsors: ils accourent. Tout comme les politiciens et les décideurs qui font de la manifestation le lieu où il faut être. La Fête fédérale de lutte a lieu tous les trois ans et est organisée tous les quinze ans en terre romande. En 2001, c’est Nyon qui est devenue, le temps d’un week-end, la capitale du folklore helvétique.

En pleine affaire du Gripen, c’est le conseiller national libéral-radical Hugues Hiltpold qui signe la charge contre les Fribourgeois, donnés favoris. Il est intervenu récemment en Commission de la sécurité pour demander comment l’armée peut leur mettre sans autre à disposition l’aérodrome de Payerne, à quel coût et avec quelles conséquences pour la sécurité aérienne. Et il compte revenir à la charge directement face au ministre lors de la session qui commence demain.

Genevois, Hugues Hiltpold n’est pas tout à fait désintéressé puisqu’il est membre du comité d’honneur de la candidature genevoise. «Mais c’est l’aspect militaire qui m’intéresse. J’estime normal que le Parlement sache qu’un gros bastringue se prépare et que l’armée est fortement engagée dans le dossier fribourgeois. A l’heure où elle veut se retirer de la Patrouille des Glaciers, estimant que c’est une tâche non militaire, c’est intéressant de voir à quel point elle soutient soudain les lutteurs!» Lieutenant-colonel, Jean-Marc Guichard préside le comité de candidature de Genève. Il se montre plus fair-play mais n’en pense pas moins: «Je comprends qu’on puisse trouver peu convaincant d’attirer 250 000 personnes sur un terrain jugé stratégique par l’armée», répond-il diplomatiquement.

Un autre élément fait tiquer Genevois et Neuchâtelois: Ueli Maurer en personne figurait jusqu’à récemment sur le site Internet des Fribourgeois, apportant son soutien à cette candidature. Mais le département est intervenu pour faire retirer cette mention. «Je salue le rôle de l’armée de manière générale», déclare pour sa part le conseiller national radical Laurent Favre, président du comité d’organisation de la candidature neuchâteloise. «Mais je trouve aussi que le département manque de transparence.» L’armée a évalué les trois sites en concurrence car, quel que soit le choix final, elle sera engagée, comme elle l’est dans toutes les manifestations d’envergure. «Mais il est irritant de ne pas avoir de retour alors que je trouve important que l’armée donne son point de vue et dise aussi clairement son degré d’engagement sur chaque site. Il y a des rapports qui circulent à l’interne auxquels on n’a pas accès.» De là à y voir une affaire Gripen à petite échelle, il n’y a qu’un pas…

Contacté, le département estime que ce n’est pas à l’armée à décider où une fête doit être organisée. Et de rappeler que la sécurité aérienne est une tâche que se partagent Payerne, Sion et Meiringen et qu’il arrive régulièrement que des sites soient plus ou moins exploités pendant une certaine période, comme lors du WEF.

Deux échecs pour Fribourg

Apprenant la fronde genevoise et neuchâteloise contre l’engagement de l’armée sur leur site, les Fribourgeois tombent un peu de haut. «Je n’ai rien entendu», répond Manu Crausaz, vice-président du comité d’organisation Estavayer 2016. Il précise que l’armée a accepté de louer son terrain et une partie de son infrastructure au cas où le site serait désigné dimanche prochain. «Nous avons prévu un certain montant pour cette utilisation qui entre dans le cadre de notre budget global», dit-il. De même, les agriculteurs voisins ont aussi signé un contrat les engageant à faire en sorte qu’il y ait de l’herbe en 2016. Comme quoi, les lutteurs fribourgeois ne laissent rien au hasard. D’ailleurs, ils préparent cette candidature depuis longtemps et intensément après avoir échoué à deux reprises face à Sion en 1986 et à Nyon en 2001. Cette fois, ils ont mis le paquet, organisé une ribambelle d’activités, fait le tour de la Suisse pour se présenter. Manu Crausaz est confiant: «Nous avons de bons arguments. Les lutteurs fribourgeois sont les plus actifs et les plus nombreux de Suisse romande. Notre emplacement est idéal. Et la dernière fois que le canton a organisé cette fête, c’était en 1952, alors que les Neuchâtelois l’ont accueillie en 1972. Pour leur part, les lutteurs genevois sont peu nombreux.» Fribourg veut cette fête, mais son activisme a aussi élevé la barre pour les autres candidats, obligés de suivre et de s’adapter aux moyens déployés. Selon plusieurs connaisseurs, c’est la première fois qu’autant de moyens sont investis dans la simple candidature.

Pas toujours avec bonheur, d’ailleurs. Car Fribourgeois et Neuchâtelois racontent avec plaisir comment les Genevois ont fâché tout le monde l’été dernier à Interlaken, lors de la fête d’Unspunnen. Ils ont survolé en parapente promotionnel le site de la manifestation. Joli coup, sauf qu’il a atterri dans l’arène, interdite à ce type d’action, et en plus au milieu du bétail qui a pris peur.

(Le Matin)

Créé: 25.02.2012, 22h54

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Commentaires

les figures libres auront lieu au parlement?

Écrit par : briand | 26/02/2012

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