09/12/2011

Pierre Kunz joue les indignés...

Le journal Le Temps, d'habitude de bonne tenue, publie ce vendredi 9 décembre un billet commis par Pierre Kunz, constituant genevois libéral-radical, dont le contenu et la faiblesse de l'argumentation font pâle figure à côté de l'excellent article de Matthieu Béguelin, sur la même page, intitulé "Occupy Wall Street ou la réapropriation du pouvoir".

Sous le titre "L'indignation ne sert à rien, sinon à nier les réalités d'aujourd'ui", Pierre Kunz accumule les contradictions et les jugements à l'emporte pièce.

Comment en effet peut on notamment affirmer que l'indignation nie les réalités d'aujourd'hui puisque justement ce sont ces mêmes réalités qui provoquent ces mouvements?

Comment peut on critiquer la culture du matérialisme et des loisirs à laquelle Pierre Kunz nous accuse d'avoir cédé alors qu'il a été le directeur - efficace et très entrepreneurial d'ailleurs - d'un centre commercial qui est devenu sous son impulsion active le plus grand centre de Genève, temple de la consommation effrénée et palais des vitrines les plus alléchantes incitant le chaland à consommer vite et tout de suite, à coup de cartes de crédit?

Mépriser l'indignation et ses indignés, c'est mépriser les sentiments, en particulier celui de l'injustice quîls ressentent et qu'ils crient avec leurs moyens. Ou encore, comme le dit Matthieu Béguelin, c'est imiter Louis XVI s'asseyant sur les cahiers de doléances de ses bons et fidèles sujets, pour s'étonner ensuite de finir sur l'échafaud.

L'indignation n'est pas un phénomène nouveau. Faire semblant de le découvrir et s'arrêter uniquement au bouquin de Stéphane Heyssel pour s'offusquer que d'aucuns critiquent le système qui a abouti à la crise que nous connaisons est faire preuve de mépris.

La révolution fazyste qui a fait la Genève moderne a été l'expression d'indignés, comme d'autres avant et après elle, comme Solidarnosc, ou comme plus récemment les printemps arabes.

L'indignation, il faut l'écouter, et l'entendre, elle est un signe avant coureur qui trompe rarement et qui est l'expression d'une blessure vive. Mettre une couverture d'ignorance sur une plaie ouverte, c'est provoquer l'infection, puis la gangrène.

Alors, un peu plus de modestie et d'écoute plutôt que d'agressivité et de dérision.

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Commentaires

Bravo, entièrement d'accord.

Écrit par : Bertrand Buchs | 09/12/2011

J'espère quand même que vous vous rendez compte qu'il y a un monde de différence entre se soulever contre un régime communiste ou une dictature arabe et camper dans un parc en Suisse.

Le vrai mépris, c'est de mettre dans le même sac un syndicaliste polonais sous le régime communiste et quelques braves étudiants bien privilégiés faisant une vague crise d'adolescence attardée ("regardez moi, je m'indigne, j'existe!"), avant de devenir profs au Cycle ou fonctionnaire.

Écrit par : Amusé | 09/12/2011

Pour ceux qui souhaitent lire la prose de Pierre Kunz je leur signale qu'il a publié son papier dans son blog http://pkunz.blog.tdg.ch/archive/2011/12/09/les-indignes-produits-decales-d-une-societe-narcissique.html

Écrit par : JF Mabut | 09/12/2011

@Amusé

Pourquoi vouloir faire la comparaison entre les mouvements révolutionnaires du printemps arabe et le mouvement social des indignés ? Nous sommes face à deux phénomènes sociaux extrêmement différents.

De plus, je ne vois à aucun moment une volonté de Jean-Marc Guinchard de vouloir mettre "dans le même sac" différents groupes d'individus. Il semblerait que vous soyez le seul à sous-entendre qu'il existerait une échelle de légitimité à l'indignation. Dès lors, nous autres occidentaux, privilégiés face à la quasi totalité du reste du monde, devrions nous estimer heureux de notre situation et nous taire. Est-ce bien cela ?

Enfin, nous passerons sous silence cette envie populacière de réduire la légitimité d'un mouvement à la position sociale de ses adhérents, en l'occurrence "des braves étudiants bien privilégiés" en "crise d'adolescence". Outre le fait que la réalité ne corresponde pas à ce que vous décrivez (je vous invite à vous renseigner sur l'évolution de la précarité dans le milieu estudiantin en Suisse), le fait même d'être privilégié ou pas ne rend pas moins les revendications émises pas le mouvement digne d'intérêt.

Ne pas être d'accord avec les modalités d'actions ou même le discours du mouvement n'est pas en soit problématique. En revanche, réduire une critique sociale en la rendant totalement caricaturale par des analyses grossières, comme le fait Pierre Kunz, est un véritable acte de dénégation des rapports sociaux de domination.

Écrit par : Pierre-Antoine | 09/12/2011

Et toi Amusé, tu t'indignes contre quoi ? Ah oui ! Laisse moi devinez : tu payes trop d'impôts et quand t'es dans les bouchons, tu dis "Machin, machin, il peut pas avancer les soixante-quatorze la devant, debleuh !"

Écrit par : djinus | 09/12/2011

Bravo M. Guinchard,
C’est encourageant votre prise de position. La prose de ce Pierre Kunz confine à l’aveuglement ou à l’entêtement. Mais comme il prétend connaître la musique (voir le titre de son blog sur la TdG), il nous serine à chaque occasion sa « musique » à tel point que ça en devient une rengaine bassinante de supermarché. Bien sûr, il a des circonstances atténuantes après avoir passé tant d’années comme directeur du temple de la consommation de Balexert, ça laisse des traces.

Écrit par : Benoît Marquis | 09/12/2011

@Amusé. Avez-vous pris la peine de savoir qui sont ces indignés des Bastions ? Un doute s'installe...

Écrit par : Charly Schwarz | 09/12/2011

A tout hasard et juste pour info, c'est "Le Temps" de ce jour qui publie l'article de Pierre Kunz en page 13 et non celui de demain, samedi. A moins d'une redite?

Bien à vous,
H.R.-F.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 09/12/2011

Hélène-Richard Favre a raison, c'est le Temps de ce jour, donc de vendredi. je n'ai pas dû travailler beaucoup aujourd'hui, si j'ai eu l'impression que c'était samedi... ;-)

Écrit par : Jean-Marc Guinchard | 09/12/2011

Il est vain de s'indigner de la prose de M. Kunz. Je pense que brave retraité commence à radoter ! Ah ces has-been !

Écrit par : Galileo | 09/12/2011

Tout à fait Galileo, en cela il rejoint Pierre Weiss le grand détenteur de la vérité universelle… celle du PLR bien entendu !
Mais tous les retraités ne radotent pas. Stéphane Heyssel radote-t-il ?

Écrit par : Benoît Marquis | 09/12/2011

Indignée à la lecture de cet article aux arguments simplistes et partisans ! et sa parution dans Le Temps (du 9.12.2011)...me surprend.

Écrit par : Fabienne | 10/12/2011

Bonjour! Et merci!

Je savais que quelqu'un écrirait quelque chose d'opposé au mouvement, mais je n'avais aucune idée de ce que M. Kunz - que je ne connais que très vaguement - allait bien pouvoir produire.

Son papier m'a fait l'effet de pérégrinations intellectuelles menées un verre de pure malt dans une main et un Montecristo aux lèvres, ne dépassant hélas pas l'horizon de la fenêtre d'un intérieur cossu. Que de poncifs et de préjugés! Dommage que M. Kunz n'ait pas profiter de l'occasion qui lui était donnée de se renseigner quelque peu sur le sujet dont il devait traiter.

Bref, quelques recherches sur l'Internet auraient mieux valu qu'un simple coup de fil à Pierre Weiss.

Écrit par : Matthieu Béguelin | 10/12/2011

@Benoît,

D'accord avec vous, je pensais surtout aux retraités à orientation mono-neurone. Monsieur Heyssel a quant à lui la chance d'avoir pu conserver une vigueur intellectuelle remarquable. Loin de moi l'idée de l'assimiler au groupe des vieux radoteurs type Kunz, Weiss ou Pelli. Pauvre PLR, il ne méritait vraiment pas cela.

Écrit par : Galileo | 10/12/2011

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